Conférence de Martin PRADEL

La défense en danger : regard d'un avocat sur ses confrères en lieux moins sûrs


Martin Pradel est de ceux qui marquent d’abord par leur sourire franc et leur bienveillance. Il est facile d’accès, généreux, taquin. Rien ne laisse présager qu’à l’intérieur, cet avocat brûle d’un engagement sans limite.

Martin Pradel a fait le choix d’une carrière atypique. Alors qu’il démarrait dans le cabinet de son père avec une clientèle essentiellement commerciale, il réussit en 2008 le concours d’éloquence l’amenant à devenir secrétaire de la conférence du stage de Paris [1] et se retrouve à défendre les plus démunis dans les affaires criminelles. C’est l’époque des premiers djihadistes en France. Pradel y est confronté à la faiblesse du système : «Ces dossiers poussent notre démocratie dans ses retranchements. Or elle se révèle fragile. Avec la peur vient la tentation de faire l’économie d’une justice irréprochable. (…) La loi pénale ne vaut que si elle est appliquée à la lumière des droits fondamentaux. En ceci, je suis effaré de voir nos belles institutions prôner des principes fantastiques et les tordre dans la minute qui suit.»

Rapidement, son engagement pour la défense des libertés fondamentales le porte au-delà des frontières françaises. A 40 ans, il a travaillé au sein de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme ( FIDH ), a été Secrétaire-Général de la Conférence Internationale des Barreaux de Tradition Juridique Commune ( CIB ) et est d irecteur des Droits de l’Homme et de la Défense au sein de l’Union Internationale des Avocats ( UIA ).

En Belgique, nous avons surtout entendu parler de lui l’année dernière alors qu’il défendait Loup Bureau, ce jeune journaliste de 27 ans placé en détention par le régime turc pour « terrorisme » après avoir réalisé un reportage sur les combattants kurdes en Syrie.

Parmi les libertés pour lesquelles Martin Pradel lutte sans compter, il y a le droit à un procès équitable. Son parcours le mène au constat que dans de nombreux pays, l'avocat, quand il défend, conseille ou simplement écoute un justiciable dans le secret, est un « gêneur ». Il rencontre des confrères en danger simplement en raison de leur mission de défense, et s’investit à leurs côtés en tant que conseil.

En janvier dernier, c’est finalement lui-même qui se retrouve évoqué par Erdogan lors d’un entretien de ce dernier avec le président Macron, les prises de position fermes et sans concession de Pradel ayant apparemment irrité le président turc. Ce qui lui est reproché ? D’avoir été l’avocat de plusieurs confrères turcs ainsi que d’un journaliste, lui aussi emprisonné pour avoir exercé son métier.

Le 11 octobre prochain, Martin Pradel nous racontera comment aujourd'hui encore, dans un grand nombre de pays, nos confrères sont mis en danger en raison de leur profession. Porteur d’espoir, il nous expliquera comment nombre d’entre eux, au prix d’être poursuivis ou emprisonnés - quand ils ne sont pas simplement supprimés -, se lèvent et refusent le fonctionnement de justices qui leur semblent partiales ou instrumentalisées.

Cette conférence sera présentée et animée par notre confrère Marc DAL.



[1] Les secrétaires de la conférence du stage de Paris ont pour mission d’assurer quotidiennement et dans l’urgence la défense pénale des plus démunis.